Rome—Beaucoup de choses ont été dites et écrites sur la bombe qui a explosé près de l'église saint Yves des Bretons en parallèle de la venue du président de la république française à Rome ce vendredi 24 janvier. Une fois de plus, j'ai pu vérifier -en étant sur place- que la course à l'immédiateté de l'information entraîne des erreurs grossières. Par exemple sur une chaîne de télévision du service public : «bombe dans une église française», ou encore, sur un site d'un prestigieux quotidien parisien «la bombe était située à 300m de l'église.» Comme recteur de l'église saint Yves des Bretons, je vous partage quelques éléments précis et succincts (car je ne dispose pas de nouvelle récente du déroulement de l'enquête), et en même temps mon sentiment personnel à l'étude des faits :

La bombe composée d'un engin explosif chargé d'objets métalliques pour faire des dégâts autour était placée entre deux voitures stationnant dans la ruelle della Campana. Ces deux voitures étaient garées juste le long de la sacristie de l'église saint Yves des Bretons. 
L'explosion a eu lieu à 1h30 du matin faisant un grand bruit qui a réveillé tout le quartier et a été suivie d'un nuage dense à l'odeur de poudre et de souffre. 
Quelques minutes après seulement, la police est arrivée sur les lieux. Elle a constaté les dégâts : une dizaine de vitres brisées de bâtiments situés de part et d'autre de la ruelle (dont deux de l'église : celles de la sacristie et de la porte d'entrée). De même, trois voitures étaient endommagées, dont deux sérieusement. Mais, à ce que j'ai pu moi-même constaté, toutes les fenêtres à double vitrage ont résisté, ce qui prouve que l'engin n'était pas très puissant.

Les gens du quartier optent plutôt dans leurs discussions pour orienter l'attentat vers une histoire personnelle liée à une boîte de nuit située dans cette ruelle. De plus, il ne faut pas ignorer le contexte romain récent qui a vu une très importante action policière contre la mafia cette semaine. 
En l'état actuel de mes informations, rien ne laisserait supposer un quelconque lien avec la venue du président de la république française. D'autant plus que je ne comprendrais pas le lien avec le fait de toucher cette église située assez loin de l'itinéraire prévu du président alors qu'il s'est rendu dans la principale église française de Rome, saint Louis. 
Il n'en reste pas moins que saint Yves a été abîmé et que beaucoup de Bretons des cinq départements m'ont exprimé leur soutien, ce qui est réconfortant dans ce moment pénible.