P1020399Lorsque l'on rentre dans l'église Saint-Yves-des-Bretons, on ne peut manquer face à soi, dans le choeur la fresque de Ludwig Seitz (1844-1908). Cette oeuvre représente le Christ en gloire dans une mandorle adoré par saint Yves à sa droite, saint Martin, sainte Clotilde et à a gauche saint Louis, roi de France, saint Bernard et sainte Geneviève. Seitz l'exécuta entre 1879 et 1881. Comme le note Mgr Pierre Lacroix dans son ouvrage de 1892 (p.76),  "Monsieur Seitz a tenu à ne point s'écarter de cette disposition que les grands maîtres du XVème siècle ont régulièrement suivie, et à laquelle les anciennes églises doivent le mérite principal de leur riche décoration." On pourrait se dire ainsi que l'oeuvre manque d'originalité. Toutefois, François Macé de lépinay écrit lors d'un colloque de l'Ecole française de Rome en 1981 après avoir cité Lacroix : "Pourtant ce qui frappe ici, c'est que l'oeuvre de Seitz n'est pas une simple variation sur les thèmes de la haute Renaissance come l'est à sa manière l'oeuvre architecturale de Carimini. Seitz, élève de son père, mais surtout disciple d'Overbeck et de Cornélius, a cherché à retrouver l'esprit même des 'primitifs'. dans le personnage de son Christ qui, sur fond d'azur profond, trône dans une mandorle d'or, on ne sent aucune 'grammaire'. Il y a, chez cet artiste en vogue, ce qu'il faut de pureté dans la vision, de désir sincère de retour aux sources pour qu'on puisse voir en lui un des derniers Nazaréens... et un grand peintre."

Ludwig Seitz est né à Rome le 11 juin 1844 d'un père bavarois, Alexander Maximilian Seitz. Il fut disciple de Johann Friedrich Overbeck peintre allemand de Lübeck. Avec quelques autres artistes, Overbeck fonde à Vienne la Confrérie de saint Luc prenant comme modèle les primitifs italiens prédesseurs de Raphaël. Avec son petit groupe, il quitte Vienne pour s'installer à Rome où il se convertira au catholicisme. Il y sera rejoint par Peter Von Cornélieus (1783-1867). A partir de 1813, son mouvement commença à acquérir une certaine notoriété sous le nom de Mouvement nazaréen, mouvement influencé par le catholicisme et le romantisme se donnant pour objectif de renouveler l'art religieux par l'étude des anciens maîtres italiens et allemands. Ludwig Seitz se situe dans ce Mouvement. Outre la peinture de la calotte absidiale de Saint-Yves-des-Bretons, il faut citer parmi ses oeuvres : la restauration et la décoration de la galerie des Candélabres au Vatican que lui demanda le pape Leon XIII ou encore la chapelle allemande de la basilique de Lorette, la chapelle de Saint Bonaventure dans l'église Sainte Marie in Ara Coeli à Rome, le couronnement de la Vierge dans la cathédrale de Fribourg, quatre grands sujets historique dans la cathédrale de Trévise ou encore dans léglise allemande de Rome, Santa Maria dell'Anima. Nous essaierons de photographier quelques unes de ses oeuvres qui se trouvent à Rome pour vous en proposer dans quelques semaines, nous l'espérons, un album.

Dans l'album posté dès aujourd'hui et intitulé "fresques du choeur" vous trouverez quelques détails de la fresques de Saint Yves. Nous en insérons juste une pour vous montrer le travail désastreux du temps :

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Vous pouvez peut-être remarquer la disparition progressive du visage et du personnage de sainte Clotilde à l'etrême gauche ainsi que du fond azur qui l'entoure. Cela est probablement dû à une infiltration d'eau il y a quelques années. Vous remarquerez également une fissure assez importante partant du pauvre qui est allongé aux pieds de saint Martin jusqu'à la mandorle dans laquelle se tient le Christ et passant sur saint Yves.

Sur cette fresque,je me permets seulement d'attirer l'attention sur la représentation qui y est faire de saint Yves. Il porte les vêtements sacerdotaux, un livre à la main (probablement la Bible) et à ses pieds le livre des Décrétales (recueil de sentences de droit) sur lequel se trouve la barette (chapeau de prêtre). Cette représentation me semble intéressante, car très souvent saint Yves est représenté rendant la justice entre le riche et le pauvre, ou en costume d'official (juge écclésiastique), ou en recteur breton ou encore en prêtre faisant la charité. Ici on le dirait entrain de prêcher. Son regard croise celui qui se tient dans la nef de l'église et sa main désigne le Christ en gloire. Le livre "aint Yves et les Bretons" paru aux Presses Universitaires Bretonnes en 2004 suite au colloque du 7ème centenaire de la mort de saint Yves étudie un certain nombre de représentations de saint Yves et offre un certain nombre de photos ou de gravure. Une seule représente saint Yves prêtre prêchant. Cette peinture se trouve au musée de la Cohue à Vannes. Elle représente Saint Yves en vêtement sacerdotaux un crucifix d'une main, l'autre main désignant le crucifix, le regard de face, des pauvres à genoux de chaque côté, un autel dans le fond du tableau, le ciel du tableau illuminé comme s'il s'ouvrait sur le monde de Dieu. Il n'est pas sûr que seitz connaissait ce tableau du début XVIIIème conservé à Vannes; mais un certain nombre d'éléments semble s'y retrouver.