Après ces premiers contacts, ouvrons une autre série d'articles qui aura pour but de retracer l'histoire de notre petite église. N'hésitez pas à y intervenir et à proposer un article qui permette de développer un point, le corriger, le repositionner dans un contexte plus large (l'histoire de la Bretagne, de la France ou de l'Italie), ou encore de présenter une photo en rapport avec l'histoire de Saint-Yves-des-Bretons ou des personnages qui seront cités.

Un certain nombre d'éléments ou de personnages marquants ont déjà été mentionnés dans les précédents articles. La première figure importante, s'il en est, est celle de Mgr Alain de COETIVY. Nous lui consacrerons un prochain article. C'est lui qui dans la première moitié du XVème siècle demanda au pape Nicolas V une église qui en forme de paroisse puisse accueillir les Bretons venus à Rome en pèlerinage. Selon Barthélémy Poquet du Haut Jussé (grand historien de la Bretagne), nombreux étaient au Moyen-Âge, les clercs bretons présents à Rome. « Il y avait à cela, écrit-il, plusieurs raisons, la plus importante était le régime sous lequel vivait l'église de Bretagne. N'ayant pas adopté la Pragmatique Sanction, elle resta pendant le XVème siècle, comme elle l'était au XIVème, sous le gouvernement direct de la curie pontificale. » Précisons. La Pragmatique Sanction de Bourges est une ordonnance prise par le roi de France Charles VII en 1438. Après la période troublée du Grand Schisme d'Occident qui divisa l'Église Catholique pendant 40 ans (1378-1438) entre trois papes se prétendant légitimement élus, l'Église peina à retrouver toute son autorité. Dans une période assez réduite, de nombreux conciles furent réunis pour tenter de trouver une issue (Constance, Bâle, Ferrare..). Une question moderne quant au gouvernement de l'Église se posa alors que l'on peut résumer ainsi : qui gouverne l'Église, le Pape ou le Concile ?

En 1438, les évêques et les abbés de France se réunissent à Bourges autour du roi Charles VII. Convaincus, à la suite du Concile de Bâle, de la suprématie du Concile général sur le Pape, ils décident d'organiser l'Église de France. La Pragmatique Sanction rétablit ainsi l'élection des évêques par les chapitres et des abbés par les monastères. Elle supprime les nominations par le Pape ainsi que son droit de réserve, le roi s'octroyant le droit de recommander ses candidats aux élections abbatiales et épiscopales. Selon son droit, la Bretagne, alors duché autonome (règlant sans l'intermédiaire du roi de France tout ce qui concerne le régime du clergé et en général le statut politico-religieux de son pays) refuse l'Ordonnance de 1438. Il en sera de même en Bourgogne.

Ainsi donc, en Bretagne, le Pape continue-t-il de nommer directement les évêques. Selon B. Pocquet du Haut Jussé « Les clercs, quelques peu ambitieux, en quête de provisions de cures ou de canonicats, affluaient au siège apostolique, et comme la distributions des grâces se faisait sans grand discernement, il arrivait souvent que plusieurs prétendants au même bénéfice surgissaient à la fois, chacun avec sa bulle ce qui grossissait la foule des quémandeurs d'une foule non moins considérable de plaideurs. »

Une autre raison, avancée par le même auteur est qu'il n'existe pas encore en Bretagne d'université (celle de Nantes sera fondée en 1469). Pour étudier, il fallait donc s'en aller principalement en France. Une fois gradués, un certain nombre attirés par la cour pontificale venaient y chercher fortune et y restaient attachés à des emplois variés. Certains parvenaient à des charges relativement importantes comme celles d'auditeur de Rote ou de cardinal. Devenus cardinaux, ils attiraient à eux d'autres compatriotes qui gravitaient autour d'eux et du pape. Ainsi peut-on nommer Yves Bégaignon, évêque de Tréguier (1362-1371) qui fut pénitencier à Rome; le cardinal de Monfort qui fut cardinal quelques mois entre le 13 juin 1432 et le 27 septembre 1433, Félix V (1440). Notons quelques cardinaux bretons qui ont joués un rôle important : Hugues de Montrelais (grand électeur de Clément VII, pape d'Avignon), André d'Espinay qui devint archevêque de Bordeaux en 1489 après s'être brouillé avec les ducs de Bretagne et rallié au roi de France, Robet Guibé (évêque de Tréguier entre 1483 et 1502) que protégea Anne de Bretagne et surtout Alain de Coetivy. Ces deux derniers passèrent la plus grande partie de leur vie à Rome. Il est très probable qu'ils y attirèrent un certain nombre de Bretons.